Vous n'existez pas.

Et c'est pas moi qui le dis, c'est Loïc.

La Newsletter du Chaos Club
5 min ⋅ 01/06/2026

Si vous lisez cette newsletter sans être membre du Chaos Club, je vous pardonne. Mais pour nous rejoindre, c'est par là 🥳: accès illimité aux events, à la Constellation (l'outil préféré des communicants sachant communiquer) et à une communauté qui ne se prend pas au sérieux mais qui réfléchit très très sérieusement.

Hello 👋

Vous avez survécu à mon absence. Je vous en sais gré.

Pour me faire pardonner, voici une édition qui sent bon la surcharge contemporaine, l'inconfort salvateur et les questions métaphysiques.

Le chiffre de la semaine : 15,87%

C'est le taux d'erreur optimal pour apprendre et progresser.

Car oui, des chercheurs en théorie de l'apprentissage l'ont calculé : si vous ne vous plantez que 10% du temps, vous vous ennuyez. Si vous échouez 30% du temps, vous abandonnez. Mais 15,87% ? C'est le sweet spot, à savoir l'inconfort nécessaire pour grandir sans se casser la margoulette (ceci est une expression marseillaise, car je sais que Sabrina G me lit).

Et c'est d'ailleurs ce que nous répète Schwarzenegger dans ses 77 leçons de vie :

"Discomfort isn't a sign to stop, it's a sign to keep going."

Et ce n’est pas Alan Watts qui nous contredira. Si vous ne connaissez pas ce vieux sage, je vous ai fait un post introductif ici. Si je l’adore, c’est parce qu’il me réconcilie, via sa voix posée et ses longues pauses théâtrales, avec ma nemesis ultime : l’INCERTITUDE. Ce qu’il nous dit est simple : abandonnez. Tout de suite. Définitivement. Non pas vos désirs, ni vos envies, ni vos rêves, mais L’ILLUSION.

L’illusion absurde que vous pouvez contrôler votre ado en crise, l’issue de votre prochaine réunion, l’accueil que réservera votre date à vos blagues douteuses bref, en un mot : la vie.

The desire for security and the feeling of insecurity are the same thing. To hold your breath is to lose your breath. A society based on the quest for security is nothing but a breath-retention contest in which everyone is as taut as a drum and as purple as a beet.

Voilà. Le contrôle, c'est l'ennemi du progrès (et de la vie). Alors pour tenir la route, soyez prêt.es à faire des dérapages, mesdames messieurs. Car c’est ainsi que vous apprendrez (et vivrez) davantage.

La question de la semaine

"J'ai l'impression d'être dans un couloir. Sans porte, sans fenêtre, sans personne." Sylviane M., Mons-En-Baroeul.

Respirez Sylviane. Je comprends votre angoisse. L’Internet la partage. Vous êtes coincée dans un espace liminal.

Du latin “limen”, seuil, les espaces liminaux sont des lieux de transition entre deux pièces, entre deux mondes, et n'ont de sens que parce qu'on les traverse. Personnellement, j’ai découvert ce concept grâce à l’expert en la matière, j’ai nommé le YouTubeur Alt236 (que nous avons eu la joie et l’honneur de recevoir au Chaos Club).

D’ailleurs, l’esthétique de l’espace liminal est assez proche de celle des Backrooms, ces “dimensions alternatives dans laquelle des gens pourraient tomber par inadvertance” qui affolent le web (en témoigne l’enthousiasme autour du film d’horreur du YouTubeur Kane Pixels sur le sujet).

Ce qui me fascine dans cette idée d’espace liminal “à cheval” entre deux espaces ou dimensions, c’est que finalement, les moments charnières de la vie — changer de job, quitter une ville, entrer dans une nouvelle décennie, décider qu'on ne veut plus être la même personne — sont aussi des espaces liminaux. Car qu’est-ce qu’un ado au duvet naissant et à la voix aléatoire, si ce n’est un individu coincé dans un espace liminal ?

Oui mais voilà. Ca sent les pieds.

Pas seulement pour une question d’hygiène non (il existe des ados qui se lavent, merci). C’est nauséabond car dans ces périodes là, généralement, on est très mal. Et c’est en consultant la notion d’espace liminal sur Google Images que j’ai compris la raison profonde du mal-être inhérent à ces moments de vie spécifiques :

Nous y sommes SEUL. Notre mue ne peut se faire qu’en solo.

Et si cette solitude semble abyssale et vertigineuse, c’est parce qu’elle cohabite mal avec l’hyperconnexion que nous vivons par ailleurs. C’est d’ailleurs tout le paradoxe que souligne Marc Augé dans son concept de non-lieux : des espaces qui grouillent de vie, parce qu’ils connectent entre eux les flux de l’hyper-modernité (individus, automobiles…), mais qui la nuit venue se désertifient… et nous plongent dans un sentiment dérangeant de solitude angoissante.

Alors à l’approche de la quarantaine (merci de me dire que je ne les fais pas, j’apprécie la démarche), je me sens moi-même coincée, Sylviane, dans le couloir que vous évoquez. Et si je suis solidaire avec vous, je sais aussi que le chemin vers l’autre rive est solitaire. Nous seules avons le pouvoir de faire advenir cette identité nouvelle… si identité nouvelle il y a ?

Overdose

1. Flat White or Fuck Off : Radical simplicity as strategy 

Un seul jour. Une seule boisson. Chez Flat White of F*ck off, on propose zero option, zero customization. En 2026, dire "non" est devenu plus disruptif que proposer 50 combinaisons. À une époque où tout est personnalisable, où chaque café te demande ton nom, ton lait, ta température, le nom de ton chien et ton humeur du jour, un énergumène a juste ouvert un comptoir et dit : "tu veux un flat white ou tu dégages." Simple, basique. Et les gens en redemandent.

2. Data Poisoning 

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La Newsletter du Chaos Club

Par Bénédicte Ibert

👋 Hello ! Actuellement en poste de planning stratégique chez Google, je vous partage, à mes heures perdues, mes élucubrations techno-philosophiques (qui n'engagent que moi, bien entendu).